[CR] Hiver meurtier (Dissident#2)

L5R... la grande muraille en moins

[CR] Hiver meurtier (Dissident#2)

HIVER MEURTRIER

Un scénario pour Tenga, par Brand, paru dans Dissident 2 (téléchargeable)

Résumé du scénario :

L'assassinat d'un conseiller du suzerain d'un petit clan dont tous les hommes sont partis à la guerre fait peser le danger de la responsabilité collective sur le clan et donc sa possible disparition. Les PJs- forcément des femmes - sont nommées pour mener l'enquête et découvrent incidemment les petits secrets enfouis, jetant le trouble dans la communauté.

Le scénario est découpé en trois phases :
- Enquête sur le meurtre (corps, scène de crime, interrogatoires)
- Dénonciations mutuelles, petits secrets révélés (amants, chantages, bâtards)
- Retour des hommes, vaincus, du seigneur, mourant, et du suzerain (politique)

Phase de création du groupe, légèrement orientée pour correspondre au scénario :


Concept : Les femmes du clan Daikoji
Ambition : Eviter les ingérences du suzerain dans les affaires du clan
Karma : Mettre en péril la survie du clan à cause de luttes intestines
Accomplissement : Empêcher une ingérence du suzerain
Talent : Influence

Vous noterez que les joueurs ont d'eux-mêmes prévu la possible destruction du clan.
Dernière édition par Macbesse le 26 Juil 2013, 18:29, édité 1 fois.
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Messagepar Macbesse » 26 Juil 2013, 18:27

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Re: [CR] Hiver meurtier (Dissident#2)

Création de personnage

Le premier joueur crée Dame Tomiko. Il « ne veut pas d’une intrigante », mais souhaite incarner un personnage versé dans les arts, pourquoi pas la concubine du seigneur du clan Daikoji Muneshige. Il s’agit d’une très belle femme, d’une beauté « épanouie », pas d’une petite jeunesse sans saveur. Pour autant, elle sait ne pas attiser les jalousies car elle a toujours un mot et un sourire pour chacun.

Surtout, le joueur veut qu’elle soit enceinte.
A la question « qui est le père ? », après une petite hésitation, il est décidé qu’il s’agit du suzerain du clan, Ihora Suetaka. Il a fait un court séjour mais elle en est très éprise.

Un ressort dramatique important vient de se mettre en place. Je jubile d’avance.

Au moment de choisir le karma, il est décidé collectivement qu’Ihora Suetaka est marié, mais qu’après dix ans de mariage, son épouse ne lui a pas donné d’enfants. Dame Tomiko, qui est satisfaite de sa situation et a déjà une fille de cinq ans d’un premier lit, ne pense pas encore qu’elle pourrait s’élever socialement.

Concept : Concubine du seigneur enceinte de son suzerain
Age : Entre deux âges
Révolte : Réaliser qui est le père de son enfant
Ambition : Devenir une artiste accomplie et reconnue
Karma : Devenir l’épouse du suzerain du clan
Valeurs : Ihora Suetaka (2), ses enfants (1), clan Daikoji (1)

Privilèges notables : Sympathique, Attirante
Revers notables : Ennemie (Dame Haru, épouse du frère cadet du seigneur dont elle est secrètement la maîtresse), Rouillée (enceinte), Inapte au combat.

Vient ensuite la création de Tsukushi, ce qui signifie « prêle des champs », une herbe utilisée comme remède contre les rhumatismes et comme… poison. Là aussi, le joueur saute sans le savoir à pieds joints dans le scénario car le conseiller du suzerain a été empoisonné.

Il ne s’agit pas d’une dame, mais de la doyenne des servantes de la maison. Elle n’a pas le rôle dirigeant de Fusae sur la domesticité, n’ayant pas ses capacités intellectuelles, mais elle a du doigté et a accouché la plupart des enfants de la maisonnée.

Derrière ce rôle d’accoucheuse, il y a un vieux drame. Le père de Tsukushi était le médecin attitré du père de Muneshige. Alcoolique, il a provoqué la mort du premier fils de son seigneur le jour de sa naissance. Tsukushi a sauvé Dame Todo, l’épouse du seigneur et a donc été sauvée de sa colère. Depuis, elle a une dette envers la lignée et elle est indéfectiblement loyale envers Muneshige.

Concept : Vieille servante discrète aveuglement dévouée au clan
Age : Ancienne
Révolte : la défaillance de son père
Ambition : assurer une descendance nombreuse à la lignée
Karma : voir son seigneur mourir à cause des intrigues des femmes
Valeurs : Pureté de la lignée (3), le seigneur est le maître (2)

Privilèges notables : Expertise (discrétion), Inébranlable, Alliée (Todo)
Revers notables : Dette (le seigneur et sa lignée), Bête, Faible

Fabuleux. La question de la lignée, avec les bâtardises nombreuses et toutes ces femmes enceintes de père inconnu au palais, ainsi que la dévotion aveugle au seigneur, fournissent de nouveaux ressorts dramatiques.

Ces deux joueurs ont eu le temps de se préparer, pas le troisième. Qu’à cela ne tienne, j’ai une proposition vraiment, mais alors vraiment indécente à lui faire. John Wick sera fier de moi.

Cela tombe bien, faisant un bref tour des concepts, comme il s’agit d’un one-shot, il se dit qu’il peut aller dans les extrêmes. Il est donc intéressé par une « otage ». Une jeune donc ? Non, il voyait plutôt une adulte, ou même une femme ayant un peu vécu. Certes, mais otage, c’est plutôt réservé aux jeunes, sinon le sens se perd… une épouse issue d’un clan ennemi alors ? L’idée lui paraît bonne, très bonne.

Je lui dis que j’ai une proposition indécente à lui faire. Il y a un PNJ qui correspondrait, mais je tiens à préciser, avant de nommer le personnage, que cela pourrait le conduire à voir son personnage mourir prématurément. Il accepte. On est là pour l’extrême non ?

Alors, je lui donne… Dame Masako.

Il encaisse, relève le défi.

Dame Masako, c’est une déclaration d’amour à la tragédie. Epouse du deuxième fils du seigneur, elle a vu son avenir et son univers se restreindre une première fois avec la mort de son époux, une seconde fois quand les hommes du clan ont pris les armes contre le clan de son père à l’appel de leur suzerain. Blessée, isolée, elle a cherché le réconfort dans l’affection du jeune Isamu, le fils de Fusae et le bâtard de Muneshige – ce qu’il ignore. Isamu l’a rejetée, et pour cause, il a déjà outrepassé sa condition de domestique en ayant une relation avec une femme du clan, Dame Noriko, qui attend un enfant de lui et dont il est encore amoureux.

Le scénario commence alors que Dame Masako vient de remettre à Isamu une lettre dans laquelle elle menace de se suicider s’il ne continuer à se refuser à elle. Ils ont eu une violente explication dans le pavillon à thé, et Isamu a légèrement blessé Dame Masako au visage et la lettre est tombée. Voyant arriver Fusae, Dame Masako s’est enfuie pour sauver la face et elle est partie se réfugier dans une partie retirée du palais pour pleurer.

Le joueur serre les dents, mais valide. Nous continuons la création.

Concept : Amoureuse éconduite
Age : Entre deux âges
Révolte : Comprendre qu’elle n’a plus d’avenir au sein du clan
Ambition : Fuir avec Isamu
Karma : Comprendre qu’elle n’a pas plus d’avenir avec Isamu et se suicider
Valeurs : Isamu (4), clan Iwaki (1)

Revers : Disgrâce (enfant de l’ennemi)

Pendant cette dernière étape, je change sans m’en rendre compte le nom du clan d’origine de Dame Masako. Il devient le clan Iwaki. Le très jeune Iwaki Kageoka devient donc son frère. Sans le savoir, je viens d’ajouter un ressort narratif au scénario. Féconde est l’erreur.

Avant de commencer, les points de confiance sont alloués.
- Dame Tomiko révèle à Tsukushi qui est le père de son enfant et investit un point de confiance en elle.
- Tsukushi révèle à Dame Tomiko les origines de sa dette envers son seigneur et investit un point de confiance en elle.
- Dame Masako ne fait confiance en personne et ne reçoit la confiance de personne.

Les protagonistes du drame sont prêtes.
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Messagepar Macbesse » 26 Juil 2013, 18:29

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Re: [CR] Hiver meurtier (Dissident#2)

"C'est la nuit, il neige."

Les femmes sont réveillées par les cris des quelques hommes restés au palais. Les gardes ont donné l’alerte. Bruits de course dans les couloirs. Bientôt, les chambres sont fouillées, respectueusement mais sans délai. Dame Masako pressent la convocation et se farde rapidement pour cacher son ecchymose. Tout le palais est effectivement rassemblé, y compris les hôtes. On murmure, les rumeurs enflent. Dame Tomiko remarque l’absence du conseiller du suzerain, Moritsune Chozaburo.

Effectivement, Dame Kazue, l’autoritaire épouse du seigneur, annonce que le corps du conseiller a été découvert cette nuit. Or, cet assassinat représente à plus d’un titre une menace pour la survie du clan. Si Dame Kazue insiste sur le danger immédiat que représente l’assassin ainsi que le déshonneur, elle évoque aussi à demi-mot la responsabilité collective et l’anéantissement total du clan qui pourrait s’ensuivre.

Pour mener l’enquête, elle désigne à la surprise générale Dame Tomiko, Dame Masako – des murmures de réprobation s’élèvent, et la vieille Tsukushi, un choix accueilli par des hochements de tête approbateurs.

Dame Tomiko est blessée de cette décision. Elle est enceinte et le deuxième trimestre est bien entamé. Elle se dit alors qu’elle n’est que la concubine et que Dame Kazue considère qu’elle est sacrifiable. Elle s’en ouvre à Dame Masako. Dame Masako la rassure non sans une ironie amère : c’est elle et elle seule qui sera rendue responsable de tout échec. En elle-même, elle finit par se dire que Dame Kazue est moins cruelle qu’avisée : si elle est rendue responsable de l’échec de l’enquête, sa valeur d’otage la protègera. Quant à Tsukushi, elle est déjà prête à se déclarer coupable pour sauver le clan. Dame Tomiko remarque que Dame Masako est particulièrement fardée, mais ne fait aucun commentaire.

Première partie : Un meurtre au palais – Enquête

Après un court entretien avec Dame Kazue, après lequel Tsukushi lui fait part de sa résolution, les trois femmes vont voir le corps, qui a été installé dans sa chambre.

Auprès du cadavre est disposé un plateau contenant un poignard ensanglanté et une lettre. Dame Masako la reconnaît et se précipite pour la prendre. Grâce à Tsukushi, les deux femmes peuvent procéder à l’examen du corps sans souillure. Il a été blessé à l’abdomen par un violent coup de poignard qu’il ne peut s’être donné. Sa main et son poignet droit sont tachés de gouttelettes noires. Calligraphe émérite, Dame Tomiko reconnaît sans peine des taches d’encre. Le cadavre sent le thé. L’odeur est âcre. Dame Tomiko affirme que cette odeur rappelle celle de la cérémonie du thé, Tsukushi que les goûts forts peuvent masquer des poisons.
Sur demande de Dame Masako, Tsukushi « fait du rangement » et trouve une correspondance et des shurikens. Dame Masako montre les armes au garde, qui ne veut pas insulter la mémoire d’un mort mais finit par dire qu’il a dû les prendre à un shinobi.
Dame Tomiko demande à Dame Masako de lire la lettre. Elle réussit à se lire sans ciller. Par contre, par élimination, Dame Tomiko ne trouve que quatre femmes ayant pu l’écrire et dit qu’elle comparera les écritures pour connaître l’auteur de la lettre.

L’enquête continue au pavillon de thé. Dame Tomiko se demande comment on a pu retrouver un mort en pleine nuit au pavillon de thé et fait chercher le garde qui l’a découvert. Sa réponse ne le convainc pas. Le garde, de toute évidence, protège Dame Kazue.
Les femmes sont surprises de ne pas trouver de pierre à encre à côté du pot à thé, qui a été remis en place. Non, il n’y avait pas de pierre, répond le garde. Elles trouvent en revanche une large tache d’encre par terre, qui laisse bien la marque du bras, ainsi que la marque d’une lettre, qui ne correspond pas à celle de Dame Masako. Tsukushi cherche dans l’âtre et trouve des cendres. Dame Tomiko dit que la lettre a été déchirée plusieurs fois avant d’être brûlée. Dame Masako se dit qu’on a cherché à lui faire porter la responsabilité du meurtre et fait le tour du pavillon pour s’aérer. Elle trouve un chaton mort. Elle en fait part à Tsukushi qui regarde le pot à thé et confirme qu’il était empoisonné… avec de la prêle des champs. Plusieurs personnes en utilisent au palais pour leurs rhumatismes : Todo – au dessus de tout soupçon, Dame Kazue – au-dessus de tout soupçon, Fusae et elle-même. Dame Tomiko commence à soupçonner Dame Kazue, mais estime qu’un tel assassinat serait une terrible maladresse qu’elle n’aurait pas commise. Fatiguée, elle se retire.

Dame Masako et Tsukushi font rassembler les serviteurs. La dernière personne à avoir vu Chosaburo vivant est Isamu, qui lui a fait porter une collation dans sa chambre en début d’après-midi. Personne ne se souvient que Chosaburo ait demandé du thé. Le maître du thé, par contre, en a préparé en début d’après-midi. Les deux femmes sont déçues et vont se coucher. Dame Masako dort mal.
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Messagepar Macbesse » 26 Juil 2013, 18:30

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Re: [CR] Hiver meurtier (Dissident#2)

Deuxième partie : le Nid de Vipères – Révélations


Au réveil, les trois enquêtrices sont convoquées par Dame Kazue. Dame Tomiko lui fait savoir avec beaucoup de tact qu’elle ne peut pas remplir sa mission si elle n’a pas sa confiance et si des éléments ont déjà été masqués sans qu’on lui en fasse part – elle pense notamment à la pierre à encre. Dame Kazue se défend d’avoir fait disparaître quoi que ce soit, mais finit par reconnaître qu’elle a peut-être fait très rapidement déplacer le corps. Certains indices matériels pouvant accuser le maître de thé, Dame Tomiko poursuit dans cette voie. Dame Kazue fait tout pour le mettre hors de cause et fait bien comprendre aux enquêtrices qu’il ne faut pas chercher dans cette direction. Les enquêtrices font un bilan complet des indices trouvés mais n’ont aucun suspect à proposer et Dame Kazue les invite à trouver le plus rapidement possible le « bon coupable ». Interrogée sur les conditions étranges de la découverte du corps, elle répond qu’elle faisait surveiller Chozaburo, et que les shuriken trouvés dans la chambre lui donnent raison.

Tsukushi quitte ces dames et part interroger le petit personnel de manière séparée sur les hôtes et les mouvements près du pavillon de thé. Il en ressort que les comédiens vivent retranchés dans leurs quartiers, mais surtout une information plus croustillante : le moine bouddhiste a beaucoup d’argent dans sa chambre et aime la bonne chère. Comme il fréquente Dame Masako, qui a pris le voile, le serviteur affirme qu’il lui soutire de l’argent par le biais de son novice, un trouble androgyne de quinze ans. Fusae a été vue près du pavillon de thé le soir. Enfin, l’une des servantes affirme que Fusae l’a envoyée chercher Dame Masako, mais elle dit ne pas l’avoir trouvée dans ses appartements.

Dame Tomiko, de son côté, met son plan à exécution et donne l’ordre de saisir des correspondances pour les comparer. Dame Masako lui fournit d’elle-même un écrit et lui demande de ne pas reconnaître son écriture. Elle demande à Dame Tomiko de lui faire confiance : elle n’a rien à voir avec l’assassinat et pense que cette lettre a été volée et placée là pour l’accuser. Dame Tomiko s’y engage solennellement. Un point de confiance est mutuellement investi.

Dame Tomiko commence tout de même à réfléchir à l’auteur de la lettre. Le ton de la lettre indique que l’homme est plutôt jeune, et d’un rang inférieur ou égal. Par élimination, elle pense qu’il s’agit d’Isamu et le place sur la liste de ses suspects, derrière Fusae.

Tsukushi fait part des informations qu’elle a obtenues à Dame Tomiko. Crlle-ci ordonne aussitôt l’arrestation de Fusae. Tsukushi ne comprend pas bien pourquoi, alors elle l’accompagne et l’interroge sur ce qu’elle a appris. Fusae nie formellement avoir été près du pavillon de thé au crépuscule. Tsukushi va demander conseil à Dame Haru. Cette dernière s’occupe en effet de l’intendance du château et a donc potentiellement des lumières sur ce changement de comportement. Tsukushi veut aussi savoir qui sont les soutiens de Fusae. Au terme de l’entretien, Dame Haru révèle qu’Isamu est le fils du seigneur Muneshige et l'ignore.

Dame Tomiko interroge Dame Masako au sujet des moines. « Une illumination à petits pas » répond-elle avec une ironie mordante. Dame Tomiko en déduit que la rumeur est infondée et fait part à Dame Masako de ce qu’elle avait entendu dire par Tsukushi. Dame Masako rit amèrement, mais ajoute qu’il ne serait malgré tout pas étonnant que ce moine se livre à ce type de chantage. Un nouveau point de confiance est investi.

Alors que Dame Tomiko se repose, Tsukushi demande à Dame Masako si on l’a cherchée hier soir et finit par lui révéler ce qu’elle sait des actions de Fusae. Dame Masako est bouleversée mais a encore un doute. Après tout, Isamu n’a peut-être rien à voir avec les plans de sa mère pour l’inculper. Dame Tomiko revient retrouver les deux femmes. Elles décident ensemble d’aller voir Dame Kazue pour lui désigner le moine comme coupable.

La neige tombe dru.

Alors qu’elles traversent le palais, les trois femmes entendent des cris et des bruits de combat. Il s’agit de Kageoka. Il a déjà tué deux gardes, hurle qu’il est l’assassin et qu’il va prendre le palais pour le compte des Iwaki. Sa sœur se précipite vers lui pour l’empêcher de commettre l’irréparable.
- Kageoka, c’est une folie !
- Viens ma sœur, prenons ce palais, ensemble. Aide moi, rallie ces hommes à notre cause !
- Tu sais bien que c’est impossible, il n’y a pour toi que la mort et le déshonneur à te comporter ainsi. Rends les armes. Pourquoi gâcher ton avenir, mon frère ?
Dame Masako se rapproche, tout contre son frère. Alors qu’elle lui parle, les gardes en profitent pour entrer dans sa garde et s’apprêtent à le saisir.
- C’est que je… j’aurais été prêt à combattre le clan de notre père. Je l’aurais fait pour Narishige. Je sais ce qu’est l’amitié. Mais son père a refusé. Il m’a rejeté. Tous ils m’ont rejeté alors que moi… je suis des leurs.
- Nous ne serons jamais des leurs mon frère, il ne faut pas vivre dans l’illusion.
- Alors je tracerai un long sillon de sang et je ferai flotter la bannière des Iwaki sur ce palais. Ecarte toi.

Résolu, Kageoka lève son sabre pour frapper le garde le plus proche, mais sa sœur lui attrape le bras et détourne le coup. Elle s’enfonce profondément la lame dans le corps et agonise dans la neige. Kageoka tombe à genoux et essaye de ranimer sa sœur. Il hurle, lui dit qu’il l’aime et qu’il l’emmènera hors du palais. Elle a encore la force de lui dire : « Ne pensez plus à moi mon frère, mais à vous… je vous rends un avenir ».
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Messagepar Macbesse » 26 Juil 2013, 18:31

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Re: [CR] Hiver meurtier (Dissident#2)

Troisième partie : Extinction – convulsions politiques et dénouement tragique

Dame Kazue fait mander Dame Tomiko et Tsukushi pour qu’elles témoignent des circonstances de la mort de Dame Masako. Elles en font un récit légèrement édulcoré et Dame Tomiko passe totalement sous silence ce qu’elle sait du désespoir et des amours déçues de la défunte. Elle suggère que Dame Masako s’est suicidée pour augmenter la valeur d’otage de son frère et être sûre de le sauver. Cette version des faits convient à Dame Kazue, qui reconnaît ne pouvoir prendre aucune sanction contre Kageoka dans la mesure où il est désormais leur seule monnaie d’échange en cas de défaite.

Un messager interrompt l’entretien et Dame Kazue revient la mine sombre. La défaite est désormais réalité. Il ne reste que quelques heures avant l’arrivée des survivants et du suzerain. Dame Tomiko propose le moine que le moine soit impliqué dans une tentative de chantage ratée contre Chozaburo. Il aurait écrit une fausse lettre et les deux hommes en seraient venus aux mains. Dame Kazue ajoute qu’il est plus sage de ne pas mentionner le poison et demande aux deux enquêtrices d’améliorer leur histoire en vue de l’interrogatoire du moine.

Après une heure de réflexion, elles proposent finalement d’impliquer également le novice : c’est par son intermédiaire que le moine aurait essayé de compromettre Chozaburo. Dame Kazue fait procéder à l’interrogatoire du moine. Ses aveux sont obtenus après une longue séance de « travail ». La longueur de la séance est favorable au clan : des témoins proches du suzerain peuvent y assister et leur donner une caution sans voir le travail de manipulation préalable. Le novice, qui a assisté à la torture, craque et avoue tout ce qu’on lui a suggéré.

Les nouvelles ne sont pas bonnes pour autant. Muneshige est mourant, l’héritier est mort, tout comme Munemaru, le frère du seigneur. Muneshige. Son fils Hiromaru n’est pas du tout prêt à assumer la responsabilité de prendre la direction du clan dans ces conditions, d’autant plus que le suzerain est pressant.

Les enquêtrices sont mandées pour rendre compte de leurs conclusions et trouvent Dame Kazue et Ihora Suetaka dans une discussion animée, voire violente. Suetaka se radoucit en voyant arriver Dame Tomiko, et tout particulièrement son ventre arrondi. Les enquêtrices racontent leur histoire. Ihora Suetaka est relativement satisfait, mais ne trouve pas que la lettre était très compromettante. Pensant bien faire, Tsukushi révèle qu’une autre lettre a été brûlée dans l’âtre, il s’agissait peut-être de cette lettre : une lettre de femme a été laissée pour cacher la lettre de Chozaburo au disciple. Dame Tomiko ajoute qu’il y avait des traces d’encre. Le doute d’Ihora Suetaka grandit. Il remercie les enquêtrices, regarde longuement Dame Kazue et lui dit qu’il doit « réfléchir avant de prendre sa décision ».

Dame Tomiko demande à se retirer. Elle fait ses adieux à Muneshige et pleure contre lui sans retenue. Tsukushi prend le relais, demande pardon d’avoir failli. Il n’y a plus qu’un héritier. Muneshige demande à Tsukushi d’assister Hiromaru, qui est son fils et pas celui de son frère. Il corrige : il reste un descendant à naître, l’enfant de Tomiko. Tsukushi est surprise et demande à Muneshige s’il sait qui est le père. Muneshige ne peut pas concevoir que Dame Tomiko l’ait trompé et assure que c’est lui. Dame Haru, livide, vient à son tour faire ses adieux à celui qui fut son ami de cœur et amant.

Le soir, Dame Tomiko est discrètement conduite auprès d’Ihora Suetaka. Il l’assure de son amour, regarde longuement son ventre. « Oui, il est de vous ». Il l’étreint, essaye de l’embrasser. Elle le repousse, elle est en deuil. Malgré son amour, elle ne peut se résoudre à un tel geste. Il comprend. Il comprend aussi sa loyauté envers le clan Daikoji, mais il faut un jour savoir choisir entre la raison et l’amour, le devoir et l’avenir des enfants. S’il la connaît assez, il sait quel est son choix. Il regrette qu’elle lui cache des choses. Elle s’en défend. Tout le monde a des secrets. Chozaburo avait des secrets. Non, il ne le cachera pas. Il n’insultera pas son intelligence en prétendant le contraire, mais qu’elle n’insulte pas son intelligence non plus. Il veut savoir tout ce qui s’est passé. Elle raconte tout, tout, sauf ce qui concerne Masako dont elle préserve la mémoire. Mais surtout, elle révèle le thé, le poison.

Muneshige s’éteint alors que commence une vigoureuse contre-enquête. Elle en vient rapidement à s’intéresser au maître de thé. Il était en affaire avec le clan Daikoji pour leur livrer des mousquets. C’est interdit. Il s’agit d’un acte de rébellion caractérisé. Ihora Suetaka fait condamner le clan pour félonie. Les nobles sont décapités, les serviteurs pendus, femmes et enfants compris. Ne reste du clan que Tsukushi. Dame Tomiko a demandé qu’elle soit graciée et a fait valoir ses talents d’accoucheuse.

Ihora Suetaka répudie son épouse et installe Dame Tomiko et sa fille dans son palais. Un mois plus tard, le mariage est célébré. Dame Tomiko donne un fils à son seigneur. La vie est joies, plaisirs. Maîtres calligraphes et peintres de renom sont sans cesse invités à la cour pour complaire à la nouvelle épouse qui s’épanouit dans cette nouvelle vie.

Tsukushi souffre en silence. Dame Tomiko s’en aperçoit. Alors, quand elle devient de plus en plus prévenante à mesure qu’approche la date anniversaire de la mort de Muneshige, elle se méfie de plus en plus de celle qui a accouché son enfant [le point de confiance est désinvesti]. Elle la surveille sans cesse, avertit son seigneur. Tsukushi prépare un thé empoisonné pour Muneshige mais c’est Dame Tomiko, prête à tout pour éviter la mort de l’homme qu’elle aime, qui le boit [techniquement, elle réalise son risque]. Dame Tomiko meurt dans d’atroces convulsions.

C’est l’aube, il neige.

Tsukushi est crucifiée.
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Messagepar Macbesse » 26 Juil 2013, 18:32

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Re: [CR] Hiver meurtier (Dissident#2)

Cette - très bonne - partie suscite chez moi quelques réflexions :

- Sur les atouts de Tenga qui m'ont permis de mettre au mieux en scène cette partie :

  • La révolte, l'ambition, le karma et le destin sont de puissants outils de maîtrise. Ils permettent de poser le contrat ludique (en témoigne le consentement du joueur de Masako), d'impliquer très vite, et jusqu'au cou, les PJs dans la partie (en témoigne le choix de Tomiko), et fournissent des lignes directrices au meneur (en témoigne tout particulièrement la troisième partie). C'est, définitivement, une excellente trouvaille, à tel point que Tenga doit pouvoir être un jeu sans préparation.
  • Le risque est un facteur de rebondissements, de complications et donc un outil narratif partagé, mais, je m'en aperçois avec cette partie, c'est aussi un facteur de consentement : le joueur de Tomiko, en prenant son risque, accepte de voir son personnage mourir. Quand il s'est réalisé, il n'a pas eu de réaction de rejet : il avait déjà envisagé la mort de son personnage.
  • L'émulation du jidai-geki, en combinant risque et révolte... -> destin, fonctionne à merveille (là aussi, force du consentement). Il a tout de même été possible de pousser les joueurs très loin dans cette voie - jusqu'au suicide et au meurtre entre PJs - sans résistance aucune, bien au contraire.

- Sur les spécificités du scénario et les questions qu'il pose sur la pratique du jdr

  • Ne jouer que des femmes, voilà qui n'est pas commun. Je dois ici préciser que tous les joueurs étaient des hommes, jouant plus ou moins régulièrement des personnages féminins (relativement fréquemment pour celui de Tomiko, première fois pour celui de Masako). C'était vraiment une excellente idée et un bon moyen de passer de la théorie à la pratique, à la fois dans Dissident.2, mais aussi pour moi, qui m'interroge assez régulièrement tout haut sur cette question (cf. une discussion sur la Cour Obéron sur les personnages féminins : mon CR était initialement conçu comme une sorte de réponse). Le scénario permet de lever certains préjugés insupportables comme "les hommes ne savent pas jouer des femmes", "les rôles de femme sont contraignants et statiques" ou "les rôles de femme se limitent à une situation de subordination". Un scénario vaut mieux que mes longs discours (je suis assez radical sur la question) et on range toutes ces conneries au placard. :yes:
  • La dimension tragique est présente dès le début et s'amplifie, la structure y pousse. Sacrée expérience, éprouvante, mais belle. :yes: De là, on est fondé à se demander si le tragique ne fait pas les plus belles histoires : pourquoi aller sauver le monde ou vivre des aventures héroïques quand on peut s'offrir l'intensité d'une tragédie ?
  • Le groupe de PNJs a des dynamiques tragiques bien identifiables qui rendent très facilement jouables les 2e et 3e partie, sans vraiment de préparation. Il peut donc y avoir une mécanique infernale sans dirigisme.

- Sur certaines idées que j'ai eues, qui ont renforcé le côté tragique (un peu d'auto-satisfaction :mrgreen:)

  • Donner Masako était vraiment une bonne idée. J'avais un peu peur, mais cela a créé très vite une grosse tension autour de la table, un délicieux malaise et a profondément modifié l'enquête. Et la scène du suicide a vraiment été spectaculaire, d'autant plus que j'avais vraiment un katana en main en interprétant Kageoka et que le joueur m'a vraiment retourné le bras 8O. Bref, Masako PJ, si c'était à refaire, je le referai ! Et j'invite à le faire.
  • Tomiko enceinte du suzerain dont l'épouse est stérile, c'était vraiment tenter le diable et condamner le clan, renforçant le potentiel tragique (on en revient à l'utilité des notions de karma et d'ambition).

- Si je devais le refaire jouer

  • Je simplifierais la première partie : on y a encore passé trop de temps ; il faudrait je pense retirer quelques indices pour passer plus rapidement de l'élucidation à la recherche d'une solution politique, qui apporte davantage à l'histoire. Cela me permettrait aussi de ne pas avoir à mener cette première partie tambour battant.
  • Je retravaillerais un peu les allées et venues dans le pavillon de thé et les limiterais car il y en a vraiment beaucoup (Dame Kazue, le Maître de thé, Masako, Isamu, Fusae, Chosaburo). Je ne m'en suis pas aperçu à la lecture, mais à le jouer, cela surprend un peu, d'autant que c'est censé être un endroit tranquille pour Chosaburo (qui boit un thé qu'il n'a pas préparé, ce qui est un peu bizarre).
    D'après un certain délateur appelé Brand que je ne nommerai pas, Graou aurait déjà identifié un "loop" : est-ce que c'est de cela qu'il s'agissait ?
  • Je pense que je proposerais aussi Noriko. La dynamique Masako-Noriko est sûrement très intéressante à jouer.
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Messagepar Macbesse » 26 Juil 2013, 18:36

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Re: [CR] Hiver meurtier (Dissident#2)

Je viens de prendre (enfin et bien tardivement) le temps de lire tes deux CR.
Je les trouve très agréables à lire et intéressants du fait de tes retours. En plus, ils donnent envie de jouer.
Sur une petite note de jalousie, je suis assez impressionné par votre efficacité car, en une séance, je n'ai jamais réussi à faire autant (quelque soit le jeu et que ce soit en tant que MJ ou PJ).
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Messagepar noami » 13 Aoû 2013, 21:08

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Re: [CR] Hiver meurtier (Dissident#2)

Merci beaucoup. :)

Sur la question du timing : tu auras bien noté qu'il s'agit à chaque fois de séances longues, de plus de huit heures.

Au delà de la durée, quelles causes trouver à cette intensité ?

- Avant la partie, les objectifs ont été bien définis (on a parlé de "contrat ludique avancé" après la partie pour désigner ma méthode de travail : chacun savait vraiment pourquoi on jouait (une tragédie dans le premier cas, un drame familial dans le second, chacun connaissait les questions posées par le scénario et les thématiques explorées). Bref, nous étions toujours raccord.

- Les joueurs étaient très motivés et m'avaient réclamé Tenga à corps et à cri.

- Il n'y a pas eu du tout de hors-jeu. J'ai toujours maintenu la pression tout le temps. Même le temps du repas a été utilement employé (finir les fiches pour Ame et Yuki).

- J'ai appliqué le principe "say yes" (Lady Blackbird) : sauf opposition d'un autre joueur, ce que tente le personnage réussit. On s'intéresse seulement aux conséquences et au prix, pas aux difficultés à surmonter. Du coup, j'ai considérablement accéléré toute la collecte d'indices (les joueurs m'ont même dit que leur cerveau était en surchauffe tant les indices arrivaient vite) : aucun jet, aucun pinaiilage, dire ce qu'on cherche ou pourquoi on le cherche, c'est le trouver. De la même manière, j'ai évité que les PNJs ne fassent mariner les PJs en roleplay (si tel était tout de même le cas, j'ai traité cela par une ellipse).

- Les scènes les plus longues ont été les roleplays entre PJs, sur lesquels je voulais mettre l'accent.

- J'ai coché plusieurs cases d'Effort. :mrgreen:
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Messagepar Macbesse » 14 Aoû 2013, 15:03

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Re: [CR] Hiver meurtier (Dissident#2)

Merci pour ces précisions, effectivement, ça n'a rien à voir avec ce que mon groupe pratiquait. Bien qu'assidus (minimum une séance de 8h/semaine), on était dans une démarche plus dilettante (l'un causant sans doute en partie l'autre, l'intensité diluée dans la durée).

Je me note tout ça pour quand je ferais un one shot.
Et il va falloir que je lise un jour Lady Blackbird car ça fait plusieurs fois que j'en entends parler.
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Messagepar noami » 14 Aoû 2013, 20:20

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Re: [CR] Hiver meurtier (Dissident#2)

Lady BB (BB initials BB), c'est 18 pages, dix minutes de lecture, et une mine d'idées. :wink:

La pression était d'autant plus facile à mettre que c'était les dernières parties d'un des joueurs avant expatriation, je me dois de le dire. Le scénario devait être bouclé, maintenant ou jamais. C'est motivant, l'air de rien.
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Messagepar Macbesse » 14 Aoû 2013, 21:26

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Re: [CR] Hiver meurtier (Dissident#2)

- Avant la partie, les objectifs ont été bien définis (on a parlé de "contrat ludique avancé" après la partie pour désigner ma méthode de travail : chacun savait vraiment pourquoi on jouait (une tragédie dans le premier cas, un drame familial dans le second, chacun connaissait les questions posées par le scénario et les thématiques explorées). Bref, nous étions toujours raccord.

- J'ai appliqué le principe "say yes" (Lady Blackbird) : sauf opposition d'un autre joueur, ce que tente le personnage réussit. On s'intéresse seulement aux conséquences et au prix, pas aux difficultés à surmonter. Du coup, j'ai considérablement accéléré toute la collecte d'indices (les joueurs m'ont même dit que leur cerveau était en surchauffe tant les indices arrivaient vite) : aucun jet, aucun pinaiilage, dire ce qu'on cherche ou pourquoi on le cherche, c'est le trouver. De la même manière, j'ai évité que les PNJs ne fassent mariner les PJs en roleplay (si tel était tout de même le cas, j'ai traité cela par une ellipse).

- Les scènes les plus longues ont été les roleplays entre PJs, sur lesquels je voulais mettre l'accent.

C'est exactement le sens que je recherche dans mes parties de JdR.

J'utilisais (sans le savoir :mrgreen: ) ce "say yes" (sans l'idée du "sauf opposition d'un autre joueur" qui me tente bien pour le coup). Plus ou moins également les ellipses pour les situations "bloquées" et/ou "longues" mais je crois que je vais en faire de plus en plus.
D'ailleurs, du coup, tu n'as donc pas utilisé le système de Tenga ?

Par contre pourrais-tu développer un peu plus le point sur les objectifs définis avant la partie ? Ca m'intéresse énormément. Est-ce qu'il n'y pas finalement un "risque" de tout dévoiler avant la partie et finalement de ne plus avoir de surprise ?
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Messagepar Matthieu » 15 Aoû 2013, 10:03

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Re: [CR] Hiver meurtier (Dissident#2)

J'utilisais (sans le savoir :mrgreen: ) ce "say yes" (sans l'idée du "sauf opposition d'un autre joueur" qui me tente bien pour le coup). Plus ou moins également les ellipses pour les situations "bloquées" et/ou "longues" mais je crois que je vais en faire de plus en plus.
D'ailleurs, du coup, tu n'as donc pas utilisé le système de Tenga ?


- Pour commencer, je l'ai abondamment utilisé dans la préparation de la partie : sans la sainte trinité Révolte / Ambition / Karma, cette séance n'existe pas, mais j'y reviendrai.

- Pour la résolution, le système de Tenga étant un "diceless au D20", on peut dire que je l'ai utilisé en tranchant systématiquement en faveur du PJ en cas de doute. La liste de compétences aide tout de même bien à savoir ce que l'on peut faire. Par exemple, quand Dame Tomiko cherche à comparer les écritures, elle a Calligraphie à Accompli -> je l'informe des résultats. Fluidité, j'écris ton nom.

- Les dés ont tout de même été lancés une fois, à la toute fin, dans l'opposition entre Dame Tomiko et Tsukushi. La situation n'était d'ailleurs pas facile à lire et à transcrire puisqu'elle concernait un tiers mais je me suis (plus ou moins bien) débrouillé. Là, ce qui était important, c'était le Risque : "que suis-je prête à risquer pour empoisonner l'homme qui a décimé le clan à qui devais tout / l'homme que j'aime ?"
On est on ne peut plus dans le questionnement du système de Tenga.

Par contre pourrais-tu développer un peu plus le point sur les objectifs définis avant la partie ? Ca m'intéresse énormément. Est-ce qu'il n'y pas finalement un "risque" de tout dévoiler avant la partie et finalement de ne plus avoir de surprise ?


Commençons par Hiver Meutrier, celui des deux pour lesquels j'ai le moins travaillé cela.

D'emblée, je leur avais demandé s'ils voulaient jouer un "scénario tragique". Ayant accepté, ils ont ajusté d'eux-mêmes leurs ambitions et karmas pour qu'ils puissent produire une situation tragique. Ils étaient déjà dans le "mais comment tout cela va-t-il mal finir ?" plutôt que dans le "parviendrons nous à résoudre le scénario ?". Quand j'ai donné le rôle de Masako, j'ai dit au joueur que "j'avais une proposition indécente, mais intéressante" et que s'il l'acceptait, son personnage avait "une chance non négligeable de mourir avant la fin de la partie".

En somme, c'est le consentement au caractère tragique que j'ai travaillé : le choix de Tomiko était en germe dès la création, les risques maximaux pris à la fin également.

Passons maintenant à Ame et Yuki, où je suis allé plus loin.

J'ai d'abord raconté la genèse du film, le fait que l'auteur ait d'abord voulu raconter une histoire de mère célibataire élevant des enfants en bas-âge, sans fantastique, une tâche en soi difficile. Je leur ai dit que je voulais que la séance soit d'abord à propos de cela, du rapport parent-enfant, des difficultés rencontrées lors de l'éducation.
Question : comment élever des enfants difficiles ?
Ensuite s'est ajoutée la question du contexte, la déconnexion du monde et sa dureté.
Questions : comment élever des enfants dans un contexte hostile ? comment se faire une place dans une nouvelle communauté alors qu'il est clair qu'on a déjà été rejeté ?

Dès lors, les joueurs se sont mis à réfléchir, avant même que la partie commence, à la meilleure manière de le faire : il y a eu un petit raté avant la partie. Mais justement, cette demi-heure de discussion a permis de poser les bases des interactions mère-fille, du fair play et de la dynamique de construction de la personnalité : il a bien été signifié au joueur de la mère que ses interventions auraient une portée importante, ce qui a à la fois levé ses angoisses et posé les bases de scènes futures.
Question : comment se construit une personnalité ? Quelle est la place de la mère dans ce processus ?

Enfin, j'avais choisi de faire jouer le prologue avec l'homme loup. Contrairement au reste, il y avait une prolepse énorme : elle devait en avoir des enfants, et pourtant, pourtant... tout était loin d'être tranché.
Question : que signifie tomber amoureuse d'un homme loup ?

On rappelle les questions et on conclue avant de démarrer :

"Nous allons donc explorer les thèmes de la maternité, de l'amour dans la marginalité, de l'arrivée dans une communauté fermée, de l'éducation et la construction d'une jeune personnalité. Vous êtes bien tous les deux ok avec ça ?"

Une fois les questions et les thèmes posés, la fin n'est comme on le voit pas révélée, pas plus que le développement : c'est l'avantage des questions en suspens (je faisais du Apocalypse World sans le savoir). Comme les joueurs veulent y répondre, ils créent d'eux-mêmes des occasions de le faire. Le superflu est donc vite éliminé, les joueurs très proactifs et on reste toujours au coeur du sujet.
De fait, le "tour du MJ" comme on dit à Mouseguard, fut limité en jeu à la mise en place de la scène de la mort du père et l'apparition du vieux qui vient aider la mère (scène tirée d'Ame et Yuki).
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Messagepar Macbesse » 15 Aoû 2013, 11:02

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Re: [CR] Hiver meurtier (Dissident#2)

Macbesse a écrit:Lady BB (BB initials BB), c'est 18 pages, dix minutes de lecture, et une mine d'idées. :wink:

La pression était d'autant plus facile à mettre que c'était les dernières parties d'un des joueurs avant expatriation, je me dois de le dire. Le scénario devait être bouclé, maintenant ou jamais. C'est motivant, l'air de rien.



Effectivement, c'est vite lu et ça a l'air bien même si je trouve que ça manque un peu d'infos pour vraiment lancer la partie.
Le côté "pose plein de questions" m'a rappelé Apocalypse World.

Mais bon, je vois quand même que la préparation de votre contrat social y est pour beaucoup.
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Messagepar noami » 15 Aoû 2013, 18:56

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Re: [CR] Hiver meurtier (Dissident#2)

Très rapidement : comme les joueurs créent le cadre au fur et à mesure sur la base "c'est du pulp entre Star Wars et Miyazaki" "ville... vole !" et qu'on commence in media res par l'évasion de la Main Chagrine, il n'y a pas besoin de plus pour lancer la partie, contrairement à ce que nous autres vieux rôlistes aimant la documentation épaisse avons tendance à penser, et ça va très, mais alors très très vite. La preuve en images, euh, par un CR.

Les liens de parenté avec Apocalypse World peuvent aussi se lire dans les questions "at stake" (en suspens, en vf je suppose) comme (de mémoire) "Lady Blackbird retrouvera-t-elle son amour ?" "Voudra-t-elle encore de lui ?" (le poser amène la Lady à se poser la question très tôt). Après tout, ces deux jeux appartiennent au même courant.

Par ailleurs, c'est un courant avec lequel Tenga a des liens et il partage des traits avec ces jeux : "fais que chaque jet compte" est aussi un axiome d'Apocalypse World.

Pour revenir au coeur du sujet : ce contrat social très développé, je pense que je vais le systématiser. Il a donné des résultats étonnants et j'ai mené avec une intensité jamais atteinte auparavant.

Pour la petite histoire, il est issu des méthodes d'enseignement que j'applique : fixer les objectifs de la séance avec les étudiants.
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Messagepar Macbesse » 15 Aoû 2013, 19:55

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Re: [CR] Hiver meurtier (Dissident#2)

Le CR et les liens qu'il contient aident bien pour se faire une idée que comment ça se joue.
Sans ça, j'avoue que c'est typiquement le genre de truc que je suis content de lire mais laisse de côté.
Maintenant, je peux le mettre dans la pile "à essayer" :)
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Messagepar noami » 15 Aoû 2013, 20:48

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